Vendredi 11 avril 2008 5 11 /04 /2008 12:36
L'ADP (ALLIANCE POUR LA DEMOCRATIE ET LE PROGRES) a suivi avec amertume l'interpellation de Madame la Ministre du Commerce et de l'Industrie par les députés au sujet de la hausse des prix des produits sensibles et de première nécessité.

Pour le parti, cette interpellation a démontré très clairement que le Gouvernement et l'Assemblée Nationale n'ont pas pris conscience des conséquences réelles, pourtant prévisibles de leurs propres actes.

La République Centrafricaine est un pays non seulement enclavé, mais aveuglément fiscaliste dont les députés pourtant représentants de la nation, votent mécaniquement l'augmentation des taxes proposées par le Gouvernement.

Le pouvoir doit prendre en toute honnêteté, la responsabilité des conséquences de ses actes au lieu de faire de la diversion face à la flambée excessive des prix des denrées sensibles et de première nécessité.

En interpellant uniquement Madame la Ministre du Commerce pour lui poser des questions sur les causes de la flambée excessive des prix de ces produits, les députés oublient, et tentent de camoufler leur propre responsabilité et celle du Ministère des Finances dans cette hausse, cherchant tout simplement à tromper la population par des gesticulations creuses.
En effet, qui propose le budget fiscaliste de l'Etat avec des hausses systématiques des impôts et taxes dont les répercussions sur le coût de la vie sont pourtant prévisibles ?

Qui vote ce budget les oreilles et les yeux fermés ?
Au lieu de pratiquer une politique fiscaliste étriquée et irrationnelle, le Gouvernement aurait du réfléchir plus
profondément, prendre en compte un ensemble d'éléments pour assurer le bien être de la population, c'est à dire sa mission principale, et préserver la sérénité sociale dans le pays. Ces éléments devraient être : L'enclavement du pays ; les impôts et taxes en hausse constante ; la hausse des prix résultant des contraintes internationales ; L'importation de la presque totalité des produits sensibles et de première nécessité par la route, dont le fret est de loin le plus élevé après celui par avion ; Les répercussions négatives des diverses et incessantes tracasseries des forces de défense et de sécurité sur les prix des marchandises acheminées par les voies routière et fluviale ; La désastreuse répercussion de la hausse des tarifs du carburant de 2006 sur les prix de denrées alimentaires, même en provenance de l'intérieur dont les effets demeurent ; Le pouvoir d'achat inexistant du Centrafricain du fait d'un salaire bloqué depuis près d'un quart de siècle ; Le paiement très irrégulier de ce salaire bloqué mais dont les arriérés cumulés avoisinent quatre années ; Le déficit quantitatif, qualitatif et cumulatif en logements depuis plus d'un demi siècle, en aggravation à cause du prix hors de portée du ciment (matériau de base) ; La perspective d'une hausse des tarifs du carburant, même différée ; La République Centrafricaine sera, parmi les pays africains, celui qui va le plus souffrir à la fois de l'augmentation des prix des produits sensibles et de première nécessité dictées par des contraintes internationales, mais également des conséquences de sa propre politique fiscaliste, et d'une manière générale, de sa mauvaise gouvernance.

A tout ce tableau incontestablement sombre, s'ajoutera bien évidemment la prochaine augmentation des tarifs du carburant sur le plan national, différée provisoirement par un jeu de cache cache avec la population.

En recherchant systématiquement plus de recettes par une hausse irrationnelle des impôts et taxes, le Gouvernement s'est retrouvé devant des conséquences dangereuses et graves de sa mauvaise politique fiscaliste, car susceptibles d'être imprévisibles, incalculables, et surtout de loin nettement coûteuses que ce qu'il collecte réellement grâce à cette option.

L'argument simpliste des dirigeants du pays consistant à justifier continuellement et entièrement la souffrance de plus en plus profonde du peuple par le mauvais héritage des régimes précédents, l'enclavement du pays et même le manque de moyens est aujourd'hui un disque rayé, donc inacceptable.

Par ailleurs l'abominable action du pouvoir tendant à faire croire constamment à la population que sa misère est une fatalité pour se dédouaner des conséquences de ses propres carences est un grave danger pour une nation qui, au lieu d'avoir de ses dirigeants une éducation pour le développement, est de plus en plus maintenue, enfoncée dans l'ignorance pour de basses raisons politiques.
Lorsqu'il faut susciter maladroitement de faux espoirs à la population par l'annonce de 300 milliards CFA qui seraient tombés comme une manne de Bruxelles grâce au « travail incomparable du pouvoir », la promptitude est très nette dans d'interminables déclarations et les chants de louange de la presse publique.

Cependant, lorsqu'il faut expliquer, faire face aux dures réalités que vit cette population, conséquence d'une gestion ténébreuse, ceux qui recherchent la gloire s'effacent et deviennent silencieux sur ce point, guettant des occasions ou imaginant des accusations afin de tout mettre sur des « boucs émissaires de service », c'est-à-dire l'opposition démocratique.

En réalité, des dirigeants qui aiment véritablement leur pays, accèdent au pouvoir pour prouver non seulement leur capacité à trouver des solutions à l'ensemble de ses problèmes bien connus, mais pour placer l'intérêt supérieur de la nation au-dessus des leurs.

On ne vient pas au pouvoir simplement parce qu'on a la capacité d'y accéder par les armes, d'y demeurer par ce moyen, donc par la terreur, et surtout pour faire du pays une rente personnelle, tout en le soumettant à une politique incohérente, inappropriée, hasardeuse qui l'enferme dans une misère noire.

Face à l'escalade généralisée des prix de denrées sensibles et de première nécessité, même si la population garde silence contrairement aux violentes manifestations qui se déroulent un peu partout dans divers pays africains, une chose est sûre, elle pleure intérieurement ses souffrances à cause des conséquences des actes de ses dirigeants et de ses représentants à l'Assemblée Nationale.
Même dans l'hypothèse tout à fait hypothétique d'un déblocage partiel des salaires, le gouvernement ne rétablira pas pour autant le pouvoir d'achat, anéanti depuis plusieurs décennies par une stagnation des revenus, une succession de hausses de prix dont les conséquences sur la vie des Centrafricains sont visibles au coin des rues et sur le visage.

Les exemples ci-après sont parlants et n'ont pas besoin de commentaires.
En effet, en 1965 pendant que le SMIG était de 9000CFA, le kg de viande de bœuf était à 90CFA, le taxi à 35CFA, le pain à 30CFA, la boîte d'allumettes à 5CFA, la petite boîte de lait à 20CFA.
En 2008, le SMIG est de 15000CFA, le taxi à 175F, le kg de viande à 2000CFA, le pain à 150CFA, la boîte d'allumettes à 50CFA, la petite boîte de lait à 225CFA

L'ADP condamne fermement d'une part la politique du Gouvernement qui, au lieu d'assurer le bien être de la population centrafricaine, l'enferme dans une souffrance de plus en plus inhumaine aux conséquences imprévisibles, et d'autre part des députés qui disent tout et font le contraire en même temps pour préserver leurs intérêts égoïstes, oubliant ceux de la nation.

Fait à Bangui le 06 Avril 2008
Le Président National

Emmanuel Olivier GABIRAULT
Par Olivier GABIRAULT - Publié dans : OLIVIER-GABIRAULT - Ecrire un commentaire
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